LA PAROISSE CANADIENNE-FRANÇAISE EST LE « CHÂTEAU-FORT » DU PATRIOTISME
Au lendemain de la fête nationale et après avoir entendu ou lu les plus hautes méditations sur le patriotisme, tous les esprits ne sont pas éclairés sur tous les aspects du patriotisme.
Il est de très bonne gens qui se demandent comment, en leurs milieux, pratiquer l’admirable ensemble des vertus que réclame le patriotisme.
Comme aux masses populaires l’amour-service de la patrie ne peut être exercé que sur le champs de bataille. Ce qui est traiter cette vertu comme faite pour des circonstances particulières.
On se perdait en de moins longues et vagues considérations, si l’on savait que la paroisse canadienne-française est à elle seule une petite patrie, et bien digne d’être honorée d’un total service.
En effet, la paroisse de chez-nous est à la fois un groupement religieux et un groupement civique. En elle-même, elle exige l’intelligence de sa nature, de sa constitution, de ses droits; et cette conception, à cause du caractère religieux et civique, est double. Il arrive même que l’on ne peut les séparer dans son estime et dans son service.
Lorsque l’on vit loin des centres urbains, et par conséquent délivré de certains problèmes propres à ces centres, le patriotisme semble confiné dans un cadre plus étroit. Il n’en reste pas moins la vertu qui oblige à des devoirs d’une nature spéciale.
Un bon père de famille rempli le premier les obligations du bon citoyen et du bon paroissien; ce serait bien l’idéal si le monde présent n’était habité que par des chefs de famille d’aussi excellentes dispositions et mérites.
Le bon ouvrier rempli déjà une fonction du patriote. Car, donnant par son métier un service efficace à son milieu racial, il sert ce milieu selon qu’il est possible.
Le bon paroissien est tout cela, et comme par instinct. Il fait plus, car aimant sa petite patrie, il la veut paisible, heureuse et prospère. Il confond, dans une égale estime, paroisse et municipalité, car il sait que travaillant pour l’une il travaille pour l’autre.
Écoutons parler nos gens de la campagne, ils emploient plus souvent le mot de « paroisse » que celui de « municipalité ». Ainsi, ils diront que, cette année, la « paroisse » va verbaliser un chemin, construire deux écoles et un aqueduc. Comme si c’était la fonction d’une organisation essentiellement religieuse de faire fonction de département d’un ministère, de commission scolaire et de conseil municipal. Malheur aux contribuables qui voteront contre ces « améliorations »; ils passeront vite pour de mauvais « paroissiens », aux yeux de leurs concitoyens, pardon, de leurs copariossiens.
Une paroisse comprend, d’ailleurs, les éléments d’un petit état. Les deux gouvernements spirituel et temporel. La famille. L’école. L’administration. Des pauvres et des riches. Des hommes de métiers différents. Deux budgets à protéger contre toute aventure. Des devoirs mutuels comme citoyens, chefs de famille, chrétiens. Des problèmes de tous ordres à résoudre. Des rapports à toujours améliorer, Avec le voisinage et les autorités provinciales et fédérales, etc. C’est, en raccourci, le pays, la patrie. Si bien que le véritable paroissien en est le meilleur citoyen.
Et une paroisse, à la mode canadienne-française (bien entendu) forme un tout qui ne vit progressivement qu’en se donnant les avantages propres aux grandes agglomérations. Il y aura la salle paroissiale, le terrain paroissiale des jeux, la Caisse populaire paroissiale, les coopératives entre les limite paroissiales, le système scolaire paroissial, le bureau paroissial d’hygiène, les mouvements d’entraide paroissiale etc. Sans compter nombre de sociétés à but patriotique, économique et religieux. De sorte que de donner de sa personne à l’une ou à l’autre de ces œuvres, c’est agir à la fois en bon chrétien, en bon citoyen et en bon patriote.
Professionnellement patriote (et ce titre en vaut bien d’autre), est le paroissien qui veille en même temps à la sauvegarde de l’esprit français en son foyer et chez ses compatriotes.
Rien donc n’est plus juste que le jugement populaire : la paroisse canadienne-française est le « château-fort » du patriotisme.
Louis Hébert